Interview Russell Coutts
20
déc..2018

Interview Russell Coutts

La passion et l’amusement sont essentiels pour aimer la voile

 

Les Championnats du Monde O’pen BIC vont débuter fin décembre en Nouvelle Zélande, le pays de Russell Coutts, quintuple vainqueur de l’America’s Cup. Il sera sur place pour suivre l’organisation de l’événement et accompagner les jeunes. Ce sportif exceptionnel est aujourd’hui très impliqué dans son club et au niveau international dans la mise au point de programmes d’apprentissage de la voile basés sur l’amusement et la passion. Des idées très novatrices et décalées qui collent parfaitement à l’esprit qui a porté l’O’pen BIC depuis sa conception. Interview d’un passionné de technique et de pédagogie qui a été séduit par le concept original de l’O’pen BIC.

Sur quel type de bateau avez-vous débuté votre carrière nautique ?
C’était un petit dériveur néo-zélandais appelé un P-Class.

Si l’O’pen BIC avait existé lorsque vous étiez plus jeune, auriez-vous été tenté de naviguer dessus ?
Tout à fait, j’aurais clairement été attiré par ce bateau ! Il a un look plutôt sympa !

Sur quel type de bateau avez-vous débuté votre carrière nautique ?
Je trouve que l’O’pen BIC est un bateau parfait pour débuter la voile. Il est très proche, en silhouette et en sensations, de bon nombre de dériveurs vers lesquels les jeunes se tournent une fois qu’ils ont fait leurs premières armes. La transition vers un RS Feva, un 29er, un Laser 4.7 ou un Radial est donc assez directe et naturelle après l’O’pen BIC.
D’ailleurs, les techniques et reflexes que l’on apprend à bord d’un O’pen BIC peuvent directement être appliqués sur un Laser et sa réactivité est plus proche d’un 29er ou d’un bateau à foil comme un Moth ou un Waszp que celle de bon nombre de dériveurs juniors bien connus. Je pense donc que c’est un excellent choix en tant que premier bateau sur lequel faire ses classes.

 

"Il est essentiel de s’amuser si l’on veut participer de manière sérieuse à des compétitions de voile."

 

Avec la voile d’entraînement de 3.8 m2 (ou le gréement plus petit que vous avez développé), à partir de quel âge peut-on commencer à naviguer sur un O’pen BIC ?
Une fois qu’un jeune marin se sent en confiance sur l’eau et qu’il n’a plus peur de chavirer, il est prêt à monter à bord d’un O’pen BIC. 8 ou 9 ans me parait être un bon âge se lancer. Durant notre programme d’apprentissage de la voile, nous consacrons les deux premières journées d’introduction à habituer nos jeunes marins à la possibilité de chavirer (ce qui se fait, généralement en groupe). Une fois qu’ils se sentent en confiance, il est alors nettement plus simple de leur apprendre la bonne position à adopter, la manière correcte de tenir le stick plutôt que la barre elle-même, la bonne technique de rappel et les manoeuvres de base, comme le virement de bord, ou l’empannage. Nous nous sommes aperçus qu’en apprenant aux enfants à barrer en tenant la barre plutôt que le stick, l’apprentissage se faisait beaucoup plus facilement lors des premières séances, mais qu’il était ensuite très difficile de changer leurs habitudes lorsqu’ils doivent passer à la navigation avec le stick. La maitrise de ce geste est bien évidemment essentielle si l’on veut pouvoir pratiquer la voile par vent plus fort. En résumé, enseigner les bonnes techniques dès le début prend plus de temps, mais la progression est ensuite nettement plus rapide et facile.

Sur quel type de bateau peut-on progresser après l’O’pen BIC ?
Les jeunes qui sont à l’aise sur l’O’pen BIC auront ensuite accès à de multiples dériveurs ou autres supports performants. Certains de nos anciens pratiquants d’O’pen BIC naviguent désormais sur des dériveurs de type RS Feva, 29er, Laser 4.7 ou Radial, ou même sur des Waszps, des Moths à foil ou même sur des planches de windsurf à foil ! On peut aussi s’essayer à un Aero, ou au kitesurf. L’O’pen BIC est un outil formidable qui permet d’apprendre bon nombre de compétences nécessaires pour pouvoir passer à d’autres formes de pratiques de la voile moderne.

Pourquoi et comment les enfants de votre club ont-ils porté leur choix sur l’O’pen BIC, plutôt que sur l’un des nombreux autres bateaux à voile proposés aux jeunes ?
Nous avons proposé l’O’pen BIC à nos jeunes car nous aimions sa simplicité et le fait que tous les modèles soient identiques et particulièrement résistants. Les voiles (bien qu’elles soient totalement lattées) sont vraiment durables et on constate que certains de nos meilleurs marins utilisent certains de nos bateaux les plus vieux... et ils gagnent ! L’O’pen BIC est un investissement sans mauvaise surprise. Une fois que vous avez acheté le bateau tout équipé avec son gréement et ses appendices -safran, dérive- il est prêt à l’utilisation et on n’a pas à racheter régulièrement du matériel pour rester compétitif. Nos élèves adorent utiliser ces bateaux, car ils sont rapides et qu’ils peuvent se redresser facilement après un chavirage sans avoir à écoper. D’ailleurs, à partir du moment où nous avons proposé l’O’pen BIC, presque tous nos jeunes marins ont choisi de l’utiliser.

Quel type de bateau conseilleriez-vous à quelqu’un après l’O’pen BIC ?
N’importe quel bateau ou type de voile pour lequel ils vont se passionner !

Les régates O’pen BIC sont toujours des événements où règne un bon esprit et une certaine décontraction. Est-ce que c’est compatible avec une carrière dans le monde sérieux de la voile de compétition ?
Non seulement c’est compatible, mais c’est indispensable ! Il est essentiel de s’amuser si l’on veut participer de manière sérieuse à des compétitions de voile. Ce n’est qu’une fois que l’on développe une passion sincère pour la voile que l’on peut vraiment atteindre ses objectifs. Il est important de noter que chez les juniors, l’accent est souvent mis sur la victoire. Mais ces premiers succès ne sont que rarement répétés au niveau senior s’il n’y a pas la passion et le jeu au départ. Selon moi, trop de programmes d’enseignement et trop de fédérations évaluent le niveau des jeunes marins beaucoup trop tôt.

 

"Je trouve que la philosophie de la classe O’pen BIC propose un bon équilibre entre l’amusement et la compétition."

 

Vous avez des O'pen BIC dans votre club, le Manly Sailing Club, en Nouvelle-Zélande. Est-ce que les O'pen BIC sont pratiques à utiliser dans le cadre d’un programme de voile ?
Oui, Ils sont très pratiques à entretenir et à ranger. Ils sont faciles à préparer, à équiper et à transporter, notamment lorsque nous voulons emmener nos marins sur un événement ou faire l’expérience de navigation dans un autre club.

S’il ne devait y en avoir qu’un, quel serait l’élément à retenir pour inciter les enfants à rester connectés au monde de la voile et de quelle manière l’O’pen BIC y contribue-t-il ?
Deux éléments sont essentiels pour aimer la voile : la passion et l’amusement. Voilà ce qui devrait passer en priorité. L’accent devrait être mis sur le développement de la confiance en soi chez le jeune marin, afin de lui permettre de découvrir ce qui le passionne vraiment dans ce sport et ce dans le cadre d’un environnement sécurisé et amusant. Il est important de tout faire pour que les enfants ne se découragent pas. Les juniors sont de toutes tailles, de tous poids et montrent divers niveaux de maturité. Souvent, les enfants s’en sortent simplement mieux parce qu’ils ont le bon gabarit pour cette discipline ! Je trouve que la philosophie de la classe O’pen Bic propose un bon équilibre entre l’amusement et la compétition. J’ai remarqué que dans d’autres classes, sur de nombreux événements pour les juniors, les organisateurs ont tendance à garder les enfants bien trop longtemps sur l’eau, sur beaucoup trop de courses. Cela les empêche de passer du temps sur la plage à s’amuser et à se faire des amis.

Bien entendu, tout dépend de la taille du marin, mais quel âge ont en moyenne, les enfants les plus âgés qui naviguent sur des O’pen BIC en Nouvelle-Zélande et en Australie ?
En Nouvelle-Zélande, généralement, la tranche d’âge est de 8 à 14 ans, mais nous avons quelques adolescents de 16 ans qui continuent à utiliser ce bateau. Une fois que nos marins atteignent un poids d’environs 52 kilos, nous les encourageons généralement à passer à un bateau plus grand, ce qui se produit, souvent vers l’âge de 13 ans en Nouvelle-Zélande.

L’an dernier, dans le cadre de "The Half Time Show", entre la Course #1 et la Course #2 des finales de l’America's Cup, aux Bermudes, vous avez mis en scène des O’pen BIC en scène devant les tribunes principales. Comment cela a-t-il été accueilli ?
Les jeunes et les spectateurs ont adoré. L’arche gonflable appelé “Pont de la mort” sous lequel les jeunes devaient pendant la régate était une bonne idée car cela a apporté du fun au sport.

 

Certains instructeurs sont réticents à accepter le concept de l’O’pen BIC. Quelles en sont les raisons selon vous ?
Je pense que qu’ils ont un programme de voile bien établi dans la tête (avec des bateaux bien précis) et une manière très classique de penser la voile. Je peux comprendre que ce n’est pas facile de tout changer. Prendre un chemin différent des autres ou de ce que l’on a appris est souvent difficile et risqué. En ce qui nous concerne, nous n’avions pas vraiment d’autre choix, car après quelque temps de pratique dans notre club, de nombreux enfants finissaient par se désintéresser de la voile (notamment chez les très jeunes) et quittaient le club. Je pense que le coût de la pratique de la voile est un frein très important pour les parents avec de jeunes enfants.
Il est important de laisser les enfants développer leur propre passion et de trouver leur propre chemin en les encourageant et en les aidant tout au long de cet apprentissage. J’adore voir certains de nos jeunes adolescents mettre en place leurs propres séances de voile (avec leurs amis) après l’école. Lorsque je les vois prendre leur passion en main et avoir hâte de partir sur l’eau avec leurs amis, c’est, pour moi, un véritable indicateur de succès.

Selon vous, qu’est-ce que la Classe O’pen BIC pourrait améliorer pour attirer encore plus de jeunes à apprendre la voile ?
Le programme Endeavour que nous avions lancé an amont de l’America’s Cup aux Bermudes est un bon moyen d’augmenter sensiblement le nombre de pratiquants de la voile. Notre sport y était positivement connecté à l’éducation et à l’environnement. C’est une association toute naturelle. La voile est intimement liée aux mathématiques, à la physique, à l’ingénierie et aux sciences environnementales. Si nous pouvions utiliser la voile pour mieux nous connecter aux écoles en leur apportant des sujets d’apprentissage ou d’illustration pour les cours, alors beaucoup plus d’enfants pourraient être séduits par la voile et se lancer. Aux Bermudes, nous avons constaté que de nombreux enfants ayant participé au programme Endeavour sont ensuite venus s’inscrire aux programmes proposés aux juniors par divers clubs nautiques, afin de continuer à pratiquer la voile.